#2: « Tu dis ça juste parce que tu m’aimes » ou L’Ami Qui Ne Voulait Pas de Compliments

Cher Ministère du Malaise,

Comment supporter quelqu’un qui ne veut pas accepter nos compliments ou encouragements? Pas les gens qui en veulent juste pas, mais bien ces gens qui disent « non, c’était juste facile », qui se diminuent eux-mêmes et leurs accomplissements. Ces « mais les autres sont tellement mieux que moi » et « tu dis juste ça car tu es mon ami(e) » constants.
Brefs, ces gens qui rebutent ou refusent les compliments des autres, au point qu’on se sent mal et inadéquats à chaque fois qu’on ose. Puis quand on se tanne d’essayer dans le vide, ces gens sont doublement tristes et « prouvés vrai ».
Je sais que c’est malaisant d’accepter des compliments car la société nous donne une limite flou et sexiste entre l’humilité et être prétentieux, mais il doit bien exister une façon de le faire sans s’insulter soi-même…

Je détesterais devoir lâcher une amitié car la personne s’auto-sabote à un tel point qu’elle me fait chier, mais c’est là où j’en suis. 

– L’Amie Qui Veut Que Le Monde S’Aime Bien

 

Chère Amie Qui Veut,

Au MduM, en lisant notre courrier quotidien, on a trouvé ta lettre hyper intéressante, mais imprécise: tu parles d’une personne en particulier qui est l’incarnation-même de « je réussis dans tout ce que je fais mais c’est juste un hasard, je suis poche pis laid pis déplaisant« , sans décrire tout à fait dans quel contexte. Comme on veut vraiment répondre à ta question, mais qu’on ne connaît pas ta relation à la personne décrite, on va décliner ça en trois contextes possibles: ton partenaire, ton ami-e ou ton collègue au travail/camarade de classe. L’objectif: que tu puisses ensuite complimenter une personne que tu aimes/admires sans que ça tourne en chicane sur si oui ou non la personne « mérite » un compliment.

  1. TON PARTENAIRE

Mettons que tu as un chum. Ton chum, tu trouves que c’est le dude le plus beau, le plus fin, le plus intelligent du monde, pis PAS juste parce que tu l’aimes… Tu l’aimes parce qu’il est tout ça et il est tout ça à tes yeux parce que tu pensais jamais trouver quelqu’un comme lui. « Peut-être » qu’il y a d’autres dudes aussi cools que lui ailleurs, mais tu en doutes.

Ton chum a quelques complexes, disons. Il étudie dans un domaine compétitif, et est moins vantard que d’autres, donc il entend parler de ses collègues qui ont des A… mais lui cache son A+ en pensant que quelqu’un a dû faire une erreur de calcul. Il passe 20 minutes le matin à mettre de la pâte dans ses cheveux tout en chialant sur ses boutons – des reliques de son adolescence qui refont surface de temps en temps. Il a déjà été grassouillet; là, il s’entraîne 5 fois par semaine et mange de façon sporadique. Bref: il a des « issues ».

Au début de votre relation, tu lui disais « T’es beau mon amour » ou « Wow, méchante bonne note! Félicitations! » et il te répondais avec un « grmbl » en baissant les yeux, ou un « ouin mais X a eu une meilleure note ». Ça sonnait vaguement normal pour toi: tu n’y prêtais pas attention.

Asteur ça fait plus longtemps que vous êtes ensemble. Quand tu lui dis que tu trouves ses cheveux particulièrement beaux, un matin, il retourne devant le miroir pour les replacer. Si tu lui conseilles une chemise pour une entrevue, il choisit celle d’à côté. Il reçoit un bonus au travail et tu le félicites? Arrive une pluie de « ils me l’ont juste donnée parce que XY est en congé/ c’est parce que YX m’a aidé ». Même qu’à l’occasion, il se met à se comparer à d’autres dudes, pour rien, out of the blue, et si tu lui dis que tu le trouves plus beau que tous ces autres dudes-là, il fait juste te dire que t’es une menteuse. Carré de même.

Y’a deux choses à se demander, en réaction à ses réactions.

  1. Pourquoi il fait ça?
  2. Qu’est-ce que ça te fait?

Si on fait une liste des raisons possibles de pourquoi il fait ça, on n’arrivera jamais à publier cette réponse (mais on a mis ça dans nos projets futurs, ça va être HUGE), donc la solution simple c’est de lui demander. Ayoye.

Mais avant de te donner un script, la réponse au point 2 est importante: ce que ça RISQUE de te faire, c’est que tu commences à penser que ton chum se crisse de ton opinion. Les couleurs que tu aimes sont laides. Le style de cheveux que tu aimes est laid. Les gens que tu trouves beaux sont laids. Est-ce qu’il le sait que ça te fait sentir comme ça? Probablement pas. Donc voici:

– Chum, pourquoi tu ne veux pas me croire quand je te dis que je te trouve beau?
– (réponse probable: « C’est pas que je te crois pas, mais tu dis ça juste parce que j’suis ton chum »)
– Tu fais quand même le choix de ne pas me croire. As-tu l’impression que je ne pense pas ce que je dis?
– (r. p.: « Même si tu le penses, moi je ne me trouve pas beau. »)
– Ok, je vois. Sauf que quand tu détournes mes compliments, ça me fait sentir comme si mon opinion n’est pas importante pour toi, ou même, que tu penses que mon opinion ne vaut rien. Systématiquement. Que tu penses que j’ai pas de goût, pis que peu importe ce que je vais dire, tu vas t’en crisser.

Normalement, s’il est une personne avec un peu de bon sens, il va te regarder avec les yeux ronds et dire « OH. JE N’AVAIS PAS VU ÇA DEMÊME! » et s’excuser. Après, peut-être que vous pourriez élaborer un script appelé : « J’accepte tes compliments d’une façon non-déplaisante ».

La non-acceptation de compliments est juste le symptôme d’un problème plus large: la non-confiance. Oui c’est évident, mais on te le rappelle pour que tu puisses, toi aussi, le rappeler à ton chum pis lui dire que même si t’es là pour lui, tu n’as pas à « subir » ce qu’il pense de lui-même.

2. TON AMI-E

Tu t’en doutes: le scénario « ami-e » va ressembler quand même beaucoup à celui de « partenaire ». La différence c’est qu’il est possible que tu aies une relation plus distante avec ton ami-e, et que cette distante ne permet pas un dialogue aussi honnête/direct qu’avec ton partenaire, ni aussi sentimentalement « engageant ».

Mettons que tu as une amie. Ton amie, c’est une vraie championne, celle qui sort des sentiers battus depuis qu’elle sait marcher, qui gagnait les prix d’excellence au secondaire pis que tout le monde connaissait au Cégep. Elle est super à l’aise en groupe, écoute bien quand tu te confies à elle. Les gens se tournent vers elle pour prévoir ça va être quoi la mode de l’année.

Elle est tellement cool que quand tu la regardes, tu l’envies. C’est ton inspiration, tu voudrais être comme elle. Faque quand elle rejette tes compliments du revers de la main (« Tu dis juste ça parce que t’es mon amie! ») ça te blesse pas juste parce que t’as l’impression qu’elle s’en criss: c’est carrément insultant. C’est comme si elle te disait: « Moi j’me trouve laide/poche, faque imagine, comparée à moi, t’es une ostie de tache! »

C’est fou non? Imaginer qu’elle te dirait une chose comme ça? Oui, c’est fou, parce qu’à moins qu’elle soit vraiment déplaisante dans la vie, elle pense pas ça. Y’a même de fortes chances qu’elle t’admire, qu’elle te regarde aller en se disant « J’aimerais tellement être comme X parce qu’elle sait faire XYZ alors que moi je sais juste faire WXY ».

Donc ça te fait chier parce qu’elle s’insulte elle-même et, par association, elle t’insulte toi. Donc oui, tu peux répéter le même script que tu aurais utilisé avec le partenaire, mais il faut que tu repenses à ton numéro 2: Qu’est-ce que ça te fait? Si tu te sens insultée, alors vous avez toutes les deux un petit examen de confiance en soi à faire: même si tu te sens peut-être toute petite à côté d’elle, elle n’est pas supérieure à toi, et de son côté, elle n’a pas à te faire subir ce qu’elle pense d’elle-même.

Malheureusement, la quantité de confiance en soi n’est pas directement proportionnelle à la quantité de choses accomplies. Ça peut aider, bien sûr, mais ce n’est pas une panacée. Loin de là.

Script possible, donc:
Ami-e, quand tu refuses le compliment que je t’offre, ça me fait sentir vraiment poche parce que j’ai l’impression que tu ne veux pas connaître mon opinion.
– (réponse probable: « Mais non, Amie, c’est juste que je ne pense pas la même chose que toi!« )
Je comprends. Mais je ne cherche pas à changer ton opinion de toi-même, je veux te dire que je t’admire assez pour avoir envie de te communiquer mon admiration: est-ce que tu penses pouvoir accepter ça?
– (exemple: elle répond « Oui! Merci pour ton compliment« )
Génial! Continue d’être qui tu es, t’es awesome!
– (elle répond « Non, je ne veux pas de ton admiration.« )
Ok, alors je vais cesser de te complimenter, mais je ne vais pas arrêter de t’admirer. Tu me le diras si tu changes d’idée!

Tu as Sorti tes Mots. Tu as fait tout ce que tu pouvais. Si elle refuse d’être admirée, tu n’as pas à pousser (« Mais t’es SI BONNE, laisse-moi te complimenter! RAH! »), tu n’as pas à « enable » son comportement autodestructeur, et surtout, tu ne la « prouve pas vrai » (you don’t prove her right) parce que tu l’as avertie que tu allais arrêter.

Ah, le pouvoir des Mots.

3. TON COLLÈGUE DE TRAVAIL/D’ÉTUDES

Idem que pour ton ami-e, ton collègue de travail ou d’études qui réussi tout ce qu’il touche est tellement, tellement gossant quand il te dit « ouin mais y’a X qui a eu 2% de plus que moi » quand tu vois son A+ sur son examen. La différence ici avec les deux autres situations c’est la distance entre vous. Les collègues de travail qui sont aussi tes ami-e-s? Utilise le script ci-haut. Les autres? Voyons voir.

C’est celui que tu admires à distance. Que tu trouves vraiment cool, mais qui n’est juste pas dans le même cercle que toi: vous vous souriez poliment dans le corridor, c’est tout.

C’est celle qui a été engagée en même temps que toi dans le département d’à côté. Tout le monde parle d’elle au dîner parce qu’elle a parti un projet vraiment nice.

Quand vous avez un projet commun (en équipe de 4-5, par exemple), celui-là ou celle-là a des idées débiles (= AWESOME) et quand tu peux, tu lui glisses un « Wow c’est don ben cool que tu aies pensé ça! » et il/elle te répond « bah je l’ai juste élaboré à partir de X truc qui existait » ou « bof d’habitude je fais mieux » ou pire encore « ah ça c’est facile, rien comparé à X qui a pensé à *Projet quelconque* »

Ces gens-là sont pas encore tes ami-e-s, alors y’a pas grand-chose à faire, sauf opiner de la tête poliment et sourire. Ou rire nerveusement. Pis te dire intérieurement: « Calice ». Si tu veux absolument le/la confronter à ce sujet, deviens son amie, puis parle-lui de ton malaise. Sinon: essaie de changer de sujet à chaque fois que ça revient sur les compliments.

Script:
Hey X, c’était cool ton idée pour le projet.
– (réponse probable: « Bah c’était facile comparé à ce que Y a fait« )
Mmm. Oh j’ai entendu dire que y’avait de la pizza à la cafétéria ce midi, on y va?

Si tu pousses plus loin (« Tu sais, c’est poli d’accepter un compliment sans broncher!« ) tu risques de sonner condescendante même si tu l’es pas. Oublie pas que des fois, toi aussi tu trouves ça dur d’accepter un compliment. Tu veux être sincère toi aussi, alors tu le dis si ta bonne idée vient d’ailleurs. Tu le dis si tes cheveux sont plein de stuff pis que c’est pour ça qu’ils sont beaux. Ou que t’as juste dépensé plus d’argent que d’habitude sur tes lunettes faque c’est pour ça tes yeux « poppent » en estie.

Avec un peu de chance, toi et ton ami-e vous allez bientôt être capable de dire « merci » pis faire un sourire niaiseux, pis on va vous trouver adorables.

Publicités

#1: Mère et soeur pensent que je suis la médiatrice familiale. Yé?

Chère Ministère du Malaise,

Depuis plusieurs mois, ma mère et ma soeur aînée (J.) sont en froid. En gros, ma soeur en veut à ma mère pour des trucs qui sont arrivés il y a plusieurs années, notamment le fait qu’elle ait été absente pendant une période importante de sa vie. Ce n’est pas que ma soeur ait particulièrement envie de ressasser d’la schnoutte (oui oui, une version polie de « brasser d’la marde ») du passé pour le plaisir, c’est juste que quand elle a reproché certaines affaires à notre mère, ben notre mère a refusé d’avouer qu’elle ait pu avoir tort, ou qu’elle ait pu prendre des mauvaises décisions, à cette époque.

Or: c’est bientôt les 60 ans de notre mère, et mon père a invité tout le monde à descendre pour un gros party/méchoui, sauf que là ma soeur refuse de venir, parce que d’une façon générale elle trouve stressant de voir notre mère, qui a tendance à lui faire sentir comme si elle doit être HYPERCONTENTE de la voir. Et à lui parler de son poids. Ou de la job qu’elle n’a pas. 

Quand notre mère a su que J. ne viendrait pas, elle m’a appelée en larmes en m’expliquant qu’elle ne comprenait pas pourquoi J. lui en veut tant, que c’était dur pour son coeur de mère, que la racune ça ne sert à rien et que le « tissu familial » c’est plus important que ses caprices. On a parlé pendant un bon 2 heures au téléphone de comment la situation pouvait être améliorée. Je pense avoir réussi à lui faire comprendre plein de trucs que ma soeur, dans sa frustration, n’arrive pas nécéssairement à communiquer aussi clairement (ce qui est normal).Mais depuis, ma mère m’appelle constamment (3 fois par semaine depuis 3 semaines environ) quand elle réfléchit à « une autre raison pourquoi J. me fait de la peine » et qu’elle a besoin de rationaliser.Inversement, quand J. m’appelle pour chialer sur notre mère, je me retrouve toujours à « justifier » son comportement, et lui expliquer son point de vue (même bancal) sur certains trucs. Bref, je suis contente d’aider ma mère et ma soeur à cheminer dans leur relation, parce qu’elles ont clairement besoin de « thérapie de couple ».

Mais là, ma question: est-ce que je suis en train de créer un monstre en les laissant « m’utiliser » pour décortiquer leurs « issues »? Est-ce que je vais me retrouver à médier systématiquement tous leurs problèmes? Si je leur dis de s’arranger, est-ce que ma soeur va juste jamais se pointer à aucun événement futur de la famille? Je comprends pourquoi J. ne veut pas venir au méchoui, mais je peux pas m’empêcher de lui en vouloir de me « laisser seule avec maman »… et là je m’en veut de lui en vouloir. Cercle infini de culpabilité! Comment est-ce que je peux leur dire c’est quoi mes limites de « médiatrice » sans sonner incroyablement égoïste? Comment faire pour convaincre J. de venir au méchoui, ou convaincre ma mère que c’est pas grave qu’elle vienne pas?

Merci d’avance,

Médiatrice En Demande

 

Chère Médiatrice,

On va se le dire, des frettes dans la famille, c’est vraiment rough, mais c’est tellement, tellement essentiel. On le dit parce que y’en a plusieurs d’entre nous qui ont juste une famille (si on compte pas la ou les belle(s)-famille(s)) pis qui pensent que c’est juste la leur qui est fuckée/dysfonctionnelle/déplaisante. Mais NON. C’est juste que vous avez pas de comparatifs.

À ce sujet, on a un MESSAGE D’INTÉRÊT PUBLIC:
Il n’y a pas de déplaisance qui soit invalide.
REPEAT
Il n’y a pas de déplaisance qui soit invalide.
Ça, ça veut dire que nous n’accepterons pas de « oui mais moi ma famille est plus déplaisante que la tienne » dans notre motherfuckin’ ministère. Merci pour votre attention. De retour à notre programme principal.

On a dit que les frettes, c’était essentiel. Ça l’est, parce que ça veut dire que y’a des choses qui se sont DITES pis des sentiments qui se sont VÉCUS. Depuis que les familles existent (ça fait longtemps en estie, on va se le dire), les composant-e-s des familles ont compris que t’es pogné avec ce monde-là pour un bon bout de temps, pis que les « break-ups » familiaux ça se fait pas tellement. Et comment les familles font pour éviter de provoquer un « break-up »? C’est la même chose que l’Église recommandait dans la monogamie obligée d’antan: CACHE TOUTE, DIS RIEN (clairement j’viens de citer un Pape, j’sais juste pas lequel.)

Faire de la peine/choquer/traumatiser, y’a personne qui est supposé faire ça aux gens qu’ils aiment. C’est pour ça que quand ta soeur dit: « Maman, je t’en veux pour X qui est arrivé y’a X années » ça passe pas, parce que ça fait que le confort du déni est gâché. Ta soeur veut passer à travers son traumatisme d’abandon, pis pour ça elle a besoin de recul pour comprendre pourquoi ta mère a agit comme ça, et éventuellement la pardonner. Mais si ta mère veut pas affronter ce passé-là parce que LA LA LA DÉNI LA LA LA JE T’ENTENDS PAS QUAND TU ME PARLES DE TES SENTIMENTS LA LA LA ben ta soeur doit se sentir abandonnée en estie. Encore plus. Faque heille, lourdeur.

Ta soeur et ta mère sont chanceuses de t’avoir, pour vrai. Même si t’avais eu juste UNE discussion intense avec elles (séparément) pour leur faire voir autre chose que la LOURDEUR de leurs « issues », ça aurait été un gain. Mais là t’en as eu plein. Tu les a fait cheminer probablement plus que tu penses. Pis ça c’est d’une vraiment grande générosité, même si on se doute que tu trouves pas que ça l’est tant que ça. T’es ton propre générateur de culpabilité, comme nous.

Le Générateur de Culpabilité. (www.rubyetc.tumblr.com)

Le Générateur de Culpabilité. (www.rubyetc.tumblr.com)

Tu voudrais en faire plus. Tu voudrais que ta soeur vienne au méchoui/ party/ 60e. Tu voudrais que ta mère arrête de badtripper. Toi pis moi, on sait que t’as pas de contrôle là-dessus, mais si t’essaies pas ABSOLUMENT TOUT ce qui est en ton pouvoir pour les aider, t’es clairement égoïste, right?… Ok même toi tu vois à quel point c’est tellement absurde ce qu’on vient de dire. Alors comme tu as astucieusement réalisé, le problème c’est qu’il faut que tu décides ce que tu es capable de prendre, et pour combien de temps.

Ensuite, faire part de ta décision à ta soeur et à ta mère va être plus facile que tu penses, parce qu’elles n’ont peut-être pas conscience de ce qu’elles te font subir, et si elles sont généreuses comme toi (je te le souhaite) elles vont comprendre et « back off ».

Dans l’immédiat, donc, trouver tes limites. Commençons par le méchoui. Tu voudrais que ta soeur vienne: c’est normal, tu apprécies sa compagnie! Mais si tu le lui dis, ça va lui mettre de la pression, et elle a déjà pris la décision de ne pas venir, ce qui n’a pas dû être facile. Pour apaiser ta mère, tu peux peut-être proposer à J. d’envoyer un petit cadeau à l’avance que tu offriras ensuite en son nom le jour même, avant le party. Si ta mère décide que c’est TROP TERRIBLE qu’elle ne soit pas là, essaie de lui expliquer ce qu’on a dit sur le déni:
« Maman, J. a décidé de faire sortir le chat du sac en te parlant de « X », mais ça veut pas dire qu’elle cherche des raisons de t’en vouloir, elle est en train de faire le ménage dans sa vie et dans ses souvenirs, et c’est pour mieux cheminer avec toi qu’elle a besoin de prendre du recul. Je sais que ça te fait de la peine, parce que c’est ton party de 60 ans, mais c’est ce qu’il y a mieux pour J. en ce moment pis y faut que tu respectes ça. »
Après ça, si elle décide de t’en reparler à tous les soirs au téléphone jusqu’au party (et même après), faut que tu voies si ça te convient ou non. Au cas-où ça te conviendrait pas, voici un scénario possible:
« Maman, je t’ai déjà dit ce que je pense de tout ça: *répéter le paragraphe ci-haut*. Je sais que c’est dur pour toi, mais ça commence à être dur pour moi aussi d’avoir l’impression qu’il faut que je t’aide à gérer tes émotions, en plus de gérer les miennes. Est-ce que tu penses qu’on pourrait limiter nos discussions à X téléphone(s) par semaine? »
Si elle dit qu’elle a besoin de toi FOULLE pis que c’est intense maintenant mais que ça va sûrement passer « bientôt », on te conseille le scénario suivant: « Je suis contente de t’aider et d’aider J. à travers tout ça, mais je n’ai pas (encore?) de diplôme en psychologie, alors qu’il y a des professionnels qui pourraient sûrement t’aider mieux que moi. Je connais un bon psy à Ville X., veux-tu qu’on regarde ça ensemble? »
(oui, dire à quelqu’un d’aller voir un psy ça sonne toujours trash. Pratique ce script-là quelques fois à voix haute, ça va t’aider à te Servir de tes Mots le moment venu.)

Ensuite: tu dis que tu en veux à J. de pas venir parce que tu vas être laissée seule avec ta mère. Mais si j’ai bien compris, ça va être un gros party: est-ce que tu vas vraiment être seule? Tes cousin-e-s vont être là, peut-être? Peux-tu solliciter l’aide de quelqu’un pour être ton wingman/ta wingwoman (faut vraiment qu’on trouve une traduction pour ces mots-là) et t’aider à n’être jamais seule avec ta mère? Évidemment, le classique c’est d’avoir ton partenaire avec toi en tout temps, mais si tu n’es pas dans une/des relation(s) amoureuse(s) en ce moment, tu peux toujours demander à un-e ami-e de venir au méchoui. Comme ça – on l’espère – tu vas être avec une ou des personne(s) cool(s) toute la journée, ta mère devrait (idéalement) comprendre que ta soeur a besoin d’espace, et toi ça te donne le temps de penser à tes limites de médiatrice.

Et quand t’auras trouvé tes limites, défend-les. Sans culpabiliser. C’est le Capitaine qui le dit.

Bien à toi,

Le Ministère du Malaise

C’EST QUOI, LE MINISTÈRE DU MALAISE?

Au MduM, on aime lire le courrier du coeur, mais on ne s’identifie jamais aux questions, ni aux réponses. Faque on a décidé de faire notre propre chronique de ce genre, où on essaie de vous fournir un genre de scénario pour:

  • dire à votre mère que ça gosse quand elle commente votre linge
  • expliquer à votre soeur que ses jokes racistes vous rendent mal à l’aise
  • décliner une invitation à des retrouvailles du secondaire parce que eesh
  • dire à une amie que vous ne l’aimez pas avant qu’elle vous avoue qu’elle vous aime
  • demander à votre coloc passif-agressif de faire sa vaisselle

On est largement inspirés par la fabuleuse Captain Awkward et sa Awkward Army.
On lit aussi les chroniques de Dan Savage (« Savage Love ») et de Cliff Pervocracy (« The Pervocracy »)
On veut que tu Sortes tes Mots, i.e. ce que ce que tu dis, ça devrait être ce que tu penses.
On est profondément féministes, d’une façon profondément intersectionnelle.
On parle de nous-même à la troisième personne.
On a (ou on a déjà eu) des familles dysfonctionelles, des amitiés complexes, des relations amoureuses fuckées, un environnement de travail toxique (ou juste déplaisant), pis on sait que ça gosse en estie.

En gros: le Ministère du Malaise existe pour aider toute personne humaine ayant des relations avec d’autres humains.*

NOTE INCLUSIVE:
Le Ministère du Malaise est ouvert aux identités et orientations LGBPTTQQAI, c’est à dire, à toute personne gaie, lesbienne, bisexuelle, pansexuelle, transsexuelle, transgenre, queer, en questionnement, asexuelle et intersexe.

Nous accueillons les questions faisant référence à toutes pratiques amoureuses et sexuelles sortant de la « norme » (ex: polyamour, relations ouvertes, BDSM, « kinks », etc.)

NOTE PARENTALE:
Prière de vous en tenir à des questions faisant référence à d’autres adultes – on n’a pas de talent avec les p’tits, mais si problème kid-related vous avez, vous n’êtes pas seul-e-s )

NOTE LINGUISTIQUE:
Au MduM, on pense avoir un bon (même, un excellent) français. Toutefois, on est dans un pays bilingue, et à la p’tite école, on a appris le français et l’anglais en même temps. Pour cette raison, notre français est ponctué d’expressions anglaises qu’on a pas envie de traduire. Parfois parce qu’elles sont intraduisibles. Parfois parce qu’on est lâche. Deal with it.

NOTE LINGUISTIQUE 2:
À nos sympathiques demandeurs et demandeuses intersexes, queer et genderfluid : la langue française n’est pas douce avec vous. Le genre est partout, et surtout à l’écrit. Prière, donc, d’inclure dans votre lettre une mention pour me dire quels pronoms vous préférez qu’on utilise, quitte à nous en apprendre des nouveaux. Non mais hey.

*mais pour être ben honnêtes, on a un biais pour les gens mal à l’aise / crispés / maladroits / inaptes socialement / super-sociaux qui se gèrent mal / gauches / gêné-e-s / « geeks » / nerds (avec ou sans lunettes) / rats de bibliothèque / introvertis qui manquent de courage / extravertis qui s’mettent les pieds dans les plats / passionnés incompris.